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Ah ! Oh !
A propos d’Adieu au langage de Godard

Auteur: 
Kristensen

 

Ah ! Oh !

A propos d’Adieu au langage de Godard

 

Par Stefan Kristensen

 

François Bovier m’invite à commenter Adieu au langage (2014), le dernier film de Jean-Luc Godard et prolonger ainsi mes réflexions sur JLG « et ses liens avec la phénoménologie entendue en sens élargi »1. Mais avec ce dernier film de Godard, il s’agit de la phénoménologie en un sens plutôt étroit, à savoir comme philosophie de la vision. Un passage célèbre de LŒil et l’esprit à propos de la peinture en formule l’enjeu :

« Dans quelque civilisation qu’elle naisse, de quelques croyances, et quelques motifs, de quelques pensées, de quelques cérémonies qu’elle s’entoure, et lors même qu’elle paraît vouée à autre chose, depuis Lascaux jusqu’aujourd’hui, pure ou impure, figurative ou non, la peinture ne célèbre jamais d’autre énigme que celle de la visibilité. Ce que nous disons là revient à un truisme : le monde du peintre est un monde visible, rien que visible, un monde presque fou, puisqu’il est complet n’étant cependant que partiel. La peinture réveille, porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même, puisque voir c’est avoir à distance, et que la peinture étend cette bizarre possession à tous les aspects de l’Etre, qui doivent de quelque façon se faire visibles pour entrer en elle. »2

         Adieu au langage est d’abord cela : une célébration de l’énigme du visible, mais aussi un essai d’attirer à soi « tous les aspects de l’Etre » à travers le seul visible. Le cinéma serait la récapitulation de toute cette presque-folie de la peinture qui prétend donner accès à l’Etre entier à travers un seul sens. L’enjeu est l’intersensorialité de la peinture, sa capacité à laisser entrevoir l’invisible du visible, à savoir le fond sur lequel se détache du visible, ou plutôt la profondeur qui transparaît à travers l’écran ou la toile. L’usage de la 3D devrait être compris dans cette perspective : le monde presque fou du peintre est un monde difficile à soutenir pour le spectateur, notamment par l’usage agressif de la 3D et des couleurs.

...

1Je me permets de renvoyer à mon ouvrage Jean-Luc Godard Philosophe, Lausanne, L’Age d’Homme, 2014.

2Maurice Merleau-Ponty, L’Œil et l’esprit, Paris, Gallimard, 1964, pp. 26-27.

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