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Daytime Drinking (Noh Young-seok, 2008)

Auteur: 
Boillat

LOCARNO 2008: PRODUCTIONS INTERNATIONALES

 

 

Errances alcoolisées: Daytime Drinking, un film aigre-doux

 

 

par Alain Boillat

 

 

En substituant "dreaming" à "drinking" dans la locution anglaise signifiant "rêverie", le titre de ce film coréen à petit budget –réalisé de A à Z par Noh, du scénario au montage– présenté à Locarno en compétition internationale augure de l’état fortement alcoolisé de la plupart des protagonistes du récit qu’il nous conte et de l’atmosphère semi-onirique dans laquelle il nous immerge progressivement, au gré des complications auxquelles se voit confronté le personnage principal, un jeune homme que des amis persuadent d’oublier son récent chagrin d’amour en festoyant dans la pension d’une île de villégiature. Tous ses camarades ayant oublié ce rendez-vous dont il avait été question lors d’une beuverie –pacte scellé lors de la séquence inaugurale–, le jeune Hyuk-jin arpente seul les chemins de cette région touristique passablement désertée en période hivernale, située dans un hors temps associé d’abord à l’ennui, puis à des possibilités de rencontres qui, d’une certaine manière, se soldent toutes par un échec.

 

Lorsque, séjournant dans une pension qui n’est en fait pas celle où on l’attendait, le voyageur demeure dans sa chambre d’hôte exiguë, la caméra statique demeure invariablement rivée à la place supposée du téléviseur que le personnage est en train de fixer, comme s’il s’agissait de renverser le regard en cantonnant le spectateur à une position d’observateur extérieur. Dans de telles séquences où se multiplient les sautes en raison de l’identité des cadres, un régime itératif s’instaure qui tend à suspendre l’impression de l’écoulement du temps. Les aléas de l’errance conduisent ensuite Hyuk-jin à faire connaissance avec divers personnages tout aussi déboussolés que lui, ce qui lui permet de sortir de sa réserve et de rompre sa solitude. Il se laisse toutefois entraîner dans des soûleries qui ne créent en fait qu’un lien social factice. Comme il le découvrira peu à peu en perdant de sa naïveté, aucune vraie amitié n’est nouée avec ces gens de passage, pour lesquels la compagnie de Hyuk-jin, sincèrement attaché à ce qu’il vit, ne constitue en fait qu’un moyen de combler momentanément un vide, de répondre à certains besoins –un camionneur s’attend même à pouvoir disposer de son corps parce qu’il l’a pris en stop. En mettant en scène avec réalisme des discussions anodines, le film rend avec ingéniosité certains glissements où une amicale invitation à la débauche cache sous le vernis d’une rhétorique de "jeunes routards" une logique de contrainte. Subrepticement, la pochade adolescente prend les allures d’une réflexion en actes sur les relations humaines dans une société en manque de repères.

 

Les jeunes gens imbibés de whisky exhibent une jovialité surfaite qui pointe un malaise sur lequel le cinéaste ne s’apitoie pourtant jamais: la "rêverie" du personnage de Hyuk-jin ballotté sur les flots de l’alcool et des diverses opportunités qui s’offrent à lui ne relève aucunement du cauchemar, car Noh Young-seok souligne constamment la dimension humoristique de ce périple. La succession des revers entraîne certes le dépouillement quasi complet du jeune homme, mais l’auteur exploite sur un mode détaché certaines ressources du comique en convoquant quiproquos, malchance à répétition, gags burlesques ou figuration de cauchemars absurdes. Le recours à des ellipses abruptes vient en outre souligner les douches froides infligées à l’ingénu qui, par exemple, s’étant endormi dans les bras d’une jeune femme à proximité de l’ami endormi de cette dernière, se réveille au matin au bord d’une route, presque nu sur le sol gelé. Certains passages inattendus du film se parent en outre d’une étrangeté qui, sans jamais lorgner du côté du fantastique proprement dit, font la richesse de cette bal(l)ade douce-amère. A force de se laisser porter par de légères incongruités qui insinuent un constant décalage entre le personnage et son environnement, le spectateur de Daytime Drinking ne serait pas si surpris de voir surgir sur les bords de la route le félin évoqué par une tenancière d’échoppe quelque peu extravagante. Si l’animal n’apparaît pas dans le champ, on a bien l’impression qu’il rôde à quelques pas de là, tapi dans une trame quotidienne qui confine à l’absurde.

 

 

 

retour programmation Locarno 2008

Textes écrits par Alain Boillat

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