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Entretien avec Romed Wyder à propos de Absolut
A propos de Absolut. Entretien avec Romed Wyder
par François Bovier et André Chaperon
Romy Wyder, ton troisième long métrage, Absolut, est un film de fiction. Il comporte un ancrage socio-politique contemporain qui est présent dans tes films antérieurs, indépendamment de leur genre. Pourtant, en Suisse romande, la vogue actuelle, c’est le documentaire narrativisé sur le mode fictionnel. Comment envisages-tu le rapport entre la fiction et l’ancrage réaliste de ton film?
Précisons tout de suite que je n’exclus pas un retourau documentaire. Mais le travail en deux temps de la fiction m’intéresse particulièrement. A la base, il y a un scénario et une phase préparatoire d’écriture. Puis intervient la phase d’exécution, avec sa part d’aléa, qui permet d’éprouver après-coup la valeur du scénario. Nous sommes dans la même situation qu’un architecte qui dessine une maison: celui-ci établit d’abord un plan, puis il supervise la construction. La conception du plan doit respecter certaines règles, pour que la maison ne s’écroule pas. Mais la valeur architecturale de la construction et la qualité de son intégration dans l’espace n’intervient qu’à un second niveau. De la même façon, le film commence sous la forme d’un projet difficilement visualisable et prend fin en s’incarnant dans une forme concrète.
Dans le documentaire, il en va tout autrement. Nous partons d’un thème ou d’un personnage central, sans vraiment savoir où il va nous conduire: tout dépend de la situation ou de la personne qui nous fait face. Le tournage, dans le documentaire, correspond à une phase de collecte d’éléments et d’images. Le film ne se fait vraiment qu’au montage qui constitue la véritable phase de la construction: le cinéaste réalise son film à partir d’éléments qui ne lui appartiennent pas, qu’il doit s’approprier. L’assemblage du film se fait sur un mode différent que celui de la fiction.
La fiction te permet-elle de tenir un propos plus précis et articulé sur la situation politique contemporaine que dans la pratique documentaire ?
Théoriquement, oui. Mais il y a un écart difficilement mesurable entre le propos que l’on veut tenir et le sens que va y voir le public. Dans le scénario, le début de Absolut était plus long: à travers la mise en scène d’images du télé-journal de la TSR, on apprenait longuement le contexte de ces rencontres politiques, ce qui a pour effet d’exaspérer le spectateur, déjà au fait de ces événements. Il fallait plutôt entrer immédiatement dans l’histoire et retracer en parallèle le contexte dans lequel les personnages sont immergés.

