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Entretien avec Vincent Pluss et Laurent Toplitsch à propos de On dirait le Sud

Auteur: 
Boillat

À propos de On dirait le Sud.

Entretien avec Vincent Pluss et Laurent Toplitsch

 

par Alain Boillat

 

 

Invités à la Section de Cinéma de l’Université de Lausanne le 11 avril 2003 pour parler de leur film "On dirait le Sud" couronné cette année par le Prix du Cinéma Suisse, Vincent Pluss (réalisateur) et Laurent Toplitsch (scénariste) se sont prêtés à l’exercice de l’entretien. Ils nous emmènent dans les coulisses de l’élaboration de ce film qui, à cheval entre improvisation et mise en scène, suscite immanquablement chez le spectateur des interrogations quant à sa genèse. Il est aussi intéressant de les entendre discuter de leur position dans le paysage du cinéma helvétique, l’attribution du Prix à des auteurs extérieurs au « sérail » ayant été fort controversée. Leur démarche consistant à utiliser une caméra DV portée à l’épaule comme dans les films de Lars von Trier a des implications tant esthétiques que "politiques", dans la mesure où cette technique peu coûteuse et un tournage de deux jours seulement leur ont permis de se passer de subventions fédérales.

 

En regardant votre parcours, on constate que vous êtes tous les deux passés par Pékin. Est-ce là que vous vous
êtes rencontrés ?

Laurent : Non, on s’est rencontré à Berlin durant la Berlinale, où Vincent avait loué une salle avec un copain pour projeter son court métrage L’ heure du loup.

 

Que t’a apporté cette expérience chinoise ?

 

Vincent : Ça m’a permis de me confronter aux mécanismes de censure ou d’autocensure, de régulation perfide du contenu que j’ai l’impression de retrouver en Suisse !

 

Dans quelle mesure ?

Vincent : Sous la forme d’un découragement… Quelqu’un qui vous glisse à l’oreille : "Tu ne devrais pas insister là-dessus, parce qu’à la prochaine étape, ça ne passera pas !", c’est un peu le même mécanisme, je pense qu’on en est pas très loin en Suisse avec les principes d’élaboration de commissions, etc. Une prudence qui fait office de censure, et qui conduit à ne pas aborder les contenus sociaux, humains importants. On préfère rester dans du folklorique, du bien-pensant.


Comment en êtes-vous arrivés au projet de On dirait le Sud ?

 

Vincent : J’ai proposé à Laurent Toplitsch et Stéphane Mitchel, une scénariste originaire de Genève que j’ai rencontrée à New York University, de nous lancer sur un projet, Le prix des choses, où je voulais aborder les nombreux liens entre l’argent et l’amour, mais on n’a pas reçu d’argent pour l’écrire. C’est cela qui a été le déclencheur de la démarche que nous avons adoptée pour On dirait le Sud, une démarche d’exploration qui consiste à ne pas se conformer à ce qui est attendu de la part d’une commission, mais à viser le renouvellement, la surprise. On a donc décidé de tourner sans financement, sur un week-end, car c’est le temps que l’on peut mettre à disposition. Ça coïncidait avec le travail que j’avais envie d’effectuer avec des acteurs, c’est-à-dire les nourrir d’idées, puis les lancer sur leur propre imaginaire à partir de mes propositions de base.


Il y a donc, pour On Dirait le Sud, un scénario préalable. Comment avez-vous travaillé ?

 

Laurent : Le problème central a été de concilier écriture et improvisation. Sous l’impulsion de Vincent, on a décidé de dépasser l’utilisation habituelle du scénario comme un outil de contrôle, puisque c’est cela qu’on doit présenter pour obtenir de l’argent… le résultat a été ce qu’on a appelé un "canevas".

 

C’était un texte écrit, mais pas sous la forme de répliques ?

Vincent : Oui, ce qui était prévu, c’était le parcours des personnages, les retournements de situation, les objets de conflit, etc. Tout cela était donné de notre part et réfléchi au préalable, comme une recette de cuisine avec les temps de cuisson. Mais ensuite il s’agit encore de faire le plat, et l’art de le faire, c’est l’alchimie du tournage, c’est le travail avec le comédien.

 

Quand vous parlez de deux jours de temps de tournage, cette durée comprend-elle la préparation des comédiens, ou y a-t-il un travail en amont ?


Vincent : Oui, il y a un travail en amont, mais qui ne consiste pas à répéter ce que sera cette histoire, au contraire, il faut se garder la chance de le découvrir au moment de le faire, ce qui est un privilège à ne pas gâcher! Par contre, il y a quantité de manières de se préparer, par exemple en faisant une recherche pour chaque personnage. Nos "répétitions" consistaient à
isoler, par exemple, l’ancien couple, Céline et Jean-Louis, et à faire des improvisations concernant des moments de leur vie, comme la rencontre.

 

Il s’agissait donc d’inventer le passé des personnages qui n’apparaît pas dans le film, comme le demande par exemple Resnais à ses scénaristes ?

 

Vincent : Oui, mais ici, cela se fait en le vivant, ce n’est pas juste théorique comme lorsque les scénaristes écrivent toute une biographie autour des personnages. Pour établir, par exemple, quel a été le rapport de force entre les deux, on l’a joué, pour que cela puisse être intégré par les comédiens et, de la sorte, puisse ressortir au moment opportun lors du tournage.

 

Combien de temps a exigé cette phase préparatoire ?


Vincent : On a pris quelques jours par comédien, on avait peu de temps, j’étais sur un montage et il fallait prendre ce temps dans le quotidien de chacun. C’était un peu un concours de circonstances, mais, avec l’acteur qui joue le personnage de François, on n’a pu se voir que deux heures, car il tournait en France.

 

 

C’est toutefois un personnage particulier puisqu’il est lui-même extérieur à ce qui se passe, si bien que l’on retrouve une certaine similitude entre les conditions de la préparation et sa place en tant que personnage dans le récit, non ?

 

Laurent : On a en effet essayé d’utiliser l’homologie entre acteurs et personnages dans la mesure du possible. Bien sûr, les personnages restent fictifs, même si les comédiens gardent leur prénom à l’écran. François, c’est l’homologie par excellence, puisqu’il joue le chien dans un jeu de quille et qu’il a débarqué comme cela sur le tournage. Pour définir le canevas, on a travaillé environ un mois avant le week-end de tournage...

 

 

Textes écrits par Alain Boillat

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