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FIFF 2011: Faire l'histoire du FIFF, questions de méthode pour un objet instable

Auteur: 
Bouchez

Faire l’histoire du FIFF, questions de méthode pour un objet instable

 

 

par Charlotte Bouchez et Nicolas Brulhart

 

 

 

 

Cette année 2011 aura été l’occasion d’assister à la 25e édition du Festival International de Films de Fribourg (FIFF). Si la manifestation peut donner lieu à divers commentaires, cet article ne prétend pas rendre compte de ce qui s’y est passé cette année. Dans une perspective différente, il s’agit de dégager les principaux éléments qui permettent que cette édition soit considérée dans la continuité des précédentes, de chercher à construire une certaine histoire du festival. Cet article participe également de l’intérêt de plus en plus grand pour ce genre d’objets dans le domaine des études du cinéma et de ses manifestations.

 

 

Un festival est par définition un objet en perpétuelle recherche d’actualisation. Cet aspect, manifeste dès les débuts du Festival de Fribourg dans ses discours internes, comme les éditoriaux qui présentent systématiquement l’édition en cours en regard des précédentes, s’est renforcé à la faveur du changement de direction qui a conduit Edouard Waintrop à prendre en charge la manifestation en 2007, et se reconfigure cette année, dans la perspective de l’entrée en fonction de Thierry Jobin. Ces discours, s’ils nous informent sur ce qu’a été le Festival, aident également à comprendre son état actuel, et l’image dont il veut se doter. Témoignant des stratégies de conservation et d’adaptation du Festival, cette (ré)écriture du passé doit être comprise en parallèle avec d’autres éléments dont, entre autres, les transformations structurelles des catégories de la programmation (en particulier en ce qui concerne la catégorie dite "Films du Sud"), l’occupation stratégique des espaces médiatiques de communication et l’occupation concrète des espaces dans lesquels se déroule le Festival. Cet article est l’occasion de chercher à décrire cette lente évolution pendant laquelle l’ancien Festival des films du Sud, devenu FIFF, a progressivement glissé d’un discours cinéphilique engagé vers une cinéphilie que nous qualifierons de globale (pour reprendre le titre de l'ouvrage de Marijke de Valck).

 

 

La simple mention de l’objet étudié en ces termes ("faire l’histoire du FIFF") nous a d’emblée paru un premier élément à interroger. Ainsi, pour faire l’histoire du FIFF, il faut se demander si celui-ci peut être pensé dans la continuité du "Festival de films du Tiers-Monde", nom sous lequel le Festival était désigné lors de sa création en 1980. Comme l’indique implicitement cette interrogation sur la désignation, une des conditions de possibilité essentielle d’un tel objet (le festival) est produite par les discours qui encadrent l’événement dans la presse, mais aussi ceux que le festival produit lui-même, notamment de manière exemplaire dans l’éditorial de ses catalogues. A un premier niveau, il faut constater l’effet que ces discours produisent par le simple fait de mobiliser des dénominations qui renvoient à une instance unifiée (le syntagme "le festival de Fribourg" renvoie à cette dimension): existant comme un désignatif opérant dans le discours, le festival peut être saisi comme un référent cohérent dans le monde "réel". A un second niveau, ces mêmes discours participent de deux stratégies: (1) exposer les marqueurs caractéristiques du festival en comparaison avec d’autres institutions définies par des activités proches et le singulariser dans cet ensemble (dialectique altérité/identité);  (2) établir ces marqueurs dans une continuité temporelle, chaque nouvelle édition étant inscrite dans la continuité de la précédente par rapport à laquelle elle présente des similitudes mais aussi des divergences qui fondent son caractère de "nouveauté". Dans ce sens, le festival peut-être considéré comme un "être de discours".

 

[A]