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FIFF 2011: Mother (Bong Joon-ho, 2009) et Peppermint Candy (Lee Chang-dong, 2000)

Auteur: 
Duay

Mémoire, traumatisme et histoire dans le cinéma sud-coréen contemporain: Mother et Peppermint Candy

 

par Justine Duay

 

 

Le film Mother (Corée du Sud, 2009) du réalisateur Bong Joon-ho a été diffusé lors du 25e Festival International du Film de Fribourg dans le cadre d’un panorama dédié à la figure de la femme dans le film noir. L’objectif de cette rétrospective était d’interroger le caractère supposément misogyne de ce genre cinématographique en proposant des productions qui se distinguent par leur manière de représenter les personnages féminins. En développant une intrigue policière presqu’exclusivement centrée sur une mère qui, face à l’incompétence de la police, décide de mener sa propre enquête pour prouver l’innocence de son fils accusé de meurtre, Mother justifie sa place au sein de ce panorama. Ceci d’autant plus que la protagoniste principale transcende les deux types de personnages féminins caractéristiques du film noir (la mère au foyer et la femme fatale) en incarnant successivement l’un et l’autre.

 

Cet article ne s’attachera toutefois pas à décrire les rapports de genre qui opèrent dans ce film. Il s’agira plutôt, à partir de l’exemple de Mother et avec l’appui de Peppermint Candy (Corée du Sud, 2000) de Lee Changdong -diffusé lors de la 22e édition du FIFF, en 2008-, d’évoquer une certaine tendance du cinéma coréen à mettre en scène le thème du traumatisme en lien avec l’histoire nationale. Dans de nombreux films coréens contemporains, divers moyens sont utilisés pour signifier la présence de traumatismes dans le quotidien des personnages, déterminant leur caractérisation et les liens qui les unissent. Ces films mettent en scène des stratégies développées par les protagonistes pour affronter des épreuves douloureuses, notamment à travers une oscillation entre le besoin d’oublier et la nécessité du souvenir. Cette ambivalence de positionnement indique une prise de position délicate face aux nombreux traumatismes qui jalonnent l’histoire récente de la Corée du Sud. Elle reflète également de manière subtile la fonction du réalisateur et le rôle du cinéma dans la construction de l’identité nationale. Selon Hyangjin Lee (Contemporary Korean Cinema: Identity, Culture, Politics, 2000), les cinéastes d’aujourd’hui réinterprètent les réalités sociopolitiques de la Corée contemporaine et de son histoire coloniale sans affirmer directement un point de vue idéologique explicite. Leurs films ne reflètent pas une fascination pour le passé en tant que tel, mais interrogent plutôt la manière dont le passé a pu déterminer le présent. Que ce soit de façon détournée ou directe, Mother et Peppermint Candy évoquent une histoire nationale tourmentée à travers les événements traumatiques auxquels sont confrontés les personnages. Tandis que les protagonistes de la fiction tentent de refouler les expériences traumatiques qui les ont marqués, les films eux-mêmes réalisent un travail de mémoire actualisant le passé à travers leur récit.

 

   

 

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