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Je ne suis pas morte (Jean-charles Fitoussi, 2008)

Auteur: 
Oesterle

LOCARNO 2008: PRODUCTIONS INTERNATIONALES

 

 

Fitoussi plus vivant que jamais

 

 

par Raphaël Oesterle

 

 

Le dernier opus de Jean-Charles Fitoussi, Je ne suis pas morte (2008), est une oeuvre ambitieuse et démesurée, qui n’est pas sans évoquer les expérimentations rivettiennes des années 1970. Il se révèle être un film largement improvisé, passant d’un personnage à l’autre selon la logique du coq à l’âne, articulé en trois parties et autant de lieux de tournage, pour totaliser au final 190 minutes. Il y avait de quoi effaroucher le festivalier…

 

Et pourtant. Le charme opère peu à peu. Nous déambulons au long de ce film, à la suite d’Alix, personnage central (qu’importe si elle s’éclipse régulièrement). Sa quête initiatique, teintée de fantastique XIXe, sera notre fil d’Ariane. Alix apparaît au monde à vingt-sept ans. Créature échappée du château de son créateur, le professeur William Stein, elle part à la recherche de ce que le professeur lui a programmatiquement interdit d’éprouver : le sentiment amoureux. Cet avatar de la créature de Frankenstein permet de convoquer sur un mode ludique plusieurs références littéraires – romans gothiques et fantastiques en premier lieu. Le thème de l’amour, abordé de manière livresque, renforce cet ancrage et met en exergue son universalité. Mélangeant sans complexe le roman picaresque à des citations d’Hölderlin (via un poète vagabond incarné par Jean-Marie Straub), le film n’a de cesse de puiser dans l’héritage littéraire classique. Mais ces références sont tout sauf écrasantes. On perçoit vite une véritable jubilation enfantine dans le fait de rejouer ces motifs immémoriaux. Bien plus, ceux-ci permettent la circulation d’un espace culturel à l’autre, que l’on retrouve dans le caractère international du tournage (le film oscille entre la France et l’Italie, passant d’une langue à l’autre). Se dessine ainsi progressivement une confiance dans les vertus du patrimoine artistique européen, non pas international mais plutôt apatride, permettant la reconnaissance mutuelle des différents individus croisés au cours du film (que ce soit un Français dépressif, un enfant italien ou un Allemand errant).

 

Plus que le (supposé) patronage rivettien, il faut rappeler également l’influence considérable exercée par l’oeuvre de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet sur le travail de Jean-Charles Fitoussi. S’il incarne parfaitement ce rapport apatride et décomplexé à la culture, leur cinéma a également marqué le film formellement, ainsi qu’en témoignent les cadrages rigoureux en décor naturel, la durée conséquente des plans, les mouvements de caméra ou encore l’attention accordée au son (absence de musique additionnelle et de bruitage, son direct). La générosité et la confiance en l’humain qui émanent de Je ne suis pas morte ne peuvent au final que susciter l’empathie, récompensant le spectateur curieux.

 

 


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