Le Souffle du désert (François Kohler, 2005)
Le Souffle du désert de François Kohler (Soleure 2006)
par Alain Boillat
Une marche de deux semaines est organisée à travers le Sahara tunisien; treize hommes y participent, invités à méditer sur la question de la virilité, sur leur statut de fils, de père et de mari. Ceux qui participent à ce périple à la fois physique et intérieur se livrent avec authenticité et examinent leur existence avec une acuité qui confèrent à leur témoignage un véritable intérêt, permettant de développer, grâce à la multiplication des points de vue, une réflexion apparemment universelle sur la question de la masculinité. En effet, le film ne se réduit pas à une série de cures psychanalytiques offertes en pâture à un spectateur-voyeur féru de téléréalité, même s’il est évident que l’"intimité surexposée" qui caractérise pour Serge Tisseron notre ère de l’audiovisuel influence le "dispositif" mis en oeuvre par Kohler et le pacte qu’il a passé avec les intervenants du Souffle du désert.
Parcours de vie, trajet parmi les dunes et cheminement dans la découverte de soi se superposent et donnent au film sa structure: l’organisation de l’itinéraire et des activités définissent des étapes qui sont autant de phases dans le "scénario" d’un film
qui s’articule sur le dévoilement progressif des participants, ceux-ci allant même jusqu’à se "mettre à nu" dans le sens le plus littéral du terme. Bien sûr, la pertinence des confidences résulte du choix des personnes filmées qui, toutes francophones, sont habituées à la verbalisation des émotions: on ne trouvera donc nullement un panel révélateur des différentes classes sociales, ce qui réduit la portée sociologique de l’entreprise, ou du moins la limite (sans que cela ne soit thématisé) à une certaine catégorie d’individus.

