Les films de Cyrill Schläpfer

Auteur: 
Freudiger

La Suisse comme image, la Suisse comme son: autour de Cyrill Schläpfer

 

 

par Alain Freudiger

 

 

A l’occasion de la sortie de Die Waldstätte (2008), coffret de 4 CDs et 3 DVDs signé Cyrill Schläpfer, il nous a paru intéressant de questionner les liens qu’entretient la Suisse (comme représentation) avec le son, et d’aborder quelques aspects de la relation entre image et son lorsqu’elle est attachée à un Lieu.

 

Depuis sa "découverte" par l’Europe des Lumières et la construction des motifs qui la caractérisent, la Suisse est avant tout un paysage ou un lieu pittoresque, elle est liée prioritairement au visuel. Dès la fin du XVIIIe siècle en effet, les récits imagés de voyageurs côtoient les croquis, les gravures, les toiles, et partout, on fait de la Suisse une "peinture" de plus en plus typée. Au XIXe siècle, la Suisse des montagnes et des lacs est perçue comme miroir de l’âme, puis se contemple en panorama, et au tournant de la Belle Epoque, s’exporte en Suisse de carte postale. Elle commence à jouer de ses clichés à partir du milieu du XXe siècle, et finalement se "communique" en image redorée après la crise des fonds en déshérence… Mais à chaque fois elle se constitue d’abord comme une image. Une image dont le son manque.

 

Certes, la Suisse abrite aussi un "peuple chantant", on n’y compte plus les chorales et les fanfares, ni le Ranz des vaches, jodel ou autre cor des Alpes qui lui sont traditionnellement associés. Mais au-delà de la musique, le bruit du pays lui-même demeure absent, sous-représenté. Et seul le vacarme créé par les fleuves, chutes d’eau ou avalanches est mentionné par les voyageurs. Paisible, romantique ou touristique, la Suisse semble ne pas faire de bruit, elle est muette (cinématographiquement) – c’est à peine si l’on entend le bruit du projecteur dans le fonctionnement du "spectacle". Et au XXe siècle, la Suisse peaufine son image discrète, silencieuse, ouatée. Pourtant la Suisse doit forcément exister comme matière sonore spécifique, et pas uniquement dans le registre musical, comme en témoigne depuis quelques années d’ailleurs la multiplication d’expérimentations sonores sur des lieux constitutifs de son identité.

 

Quel peut être le son de la Suisse, ou si l’on préfère, le son de l’image de la Suisse? Cyrill Schläpfer a tenté d’apporter quelques réponses à cette question...