Locarno 2008: Retrospective Nanni Moretti, les premiers films
LOCARNO 2008: RETROSPECTIVE NANNI MORETTI
L'éloge spontané du chaos. Les usages de la parole dans les premiers films de Nanni Moretti
par Alain Boillat

La rétrospective du cinéaste Nanni Moretti présentée à Locarno s’est voulue exhaustive, allant jusqu’à intégrer ses premières réalisations en super 8 restaurées pour l’occasion – à la grande surprise du cinéaste d’ailleurs, qui semblait (ou feignait modestement) de ne pas voir l’intérêt de cette production séminale. Ne serait-ce qu’en raison de leur support, ces films, que l’on hésite à qualifier d’"oeuvres" sous peine de les définir téléologiquement par rapport à un "auteur en devenir", relèvent d’une esthétique du film amateur qui marquera les premiers longs métrages du réalisateur et qui, sous la forme d’une mise en scène fictionnalisante de l’intime à travers une réappropriation de "genres" documentaires (le journal filmé, le film de famille), connaîtra des prolongements variés dans la production ultérieure de Moretti. Plus généralement, ses tout premiers films –je m’arrêterai ici dans la filmographie de Moretti à Sogni d’oro (1981) afin de mettre l’accent sur la part la moins connue de sa production– condensent à mon sens tous les paramètres du versant le plus intéressant du travail du cinéaste, qui se situe aux antipodes de la veine psychologisante qu’il a récemment exploitée en tant qu’acteur (Caos Calmo, Antonello Grimaldi, 2008), voire en tant que réalisateur interprète (La Stanza del figlio, 2001). Loin de cette "justesse de ton" que d’aucuns ont louée dans les drames récents de Moretti comme l’indice de la maturité du créateur (une réception qui s’apparente à cet égard à celle de l’oeuvre de Pedro Almodovar), ses premières réalisations s’avèrent plus brouillonnes et inégales, affichant une spontanéité idiosyncrasique...

