Locarno 2010: Europa 2005
27 octobre (Straub-Huillet, 2006)
Europa 2005 / 27 octobre, ou la répétition dans le ciné-tract de Jean-Marie Straub
par Nicolas Brulhart
"Dans L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique mais ailleurs aussi, Benjamin explicite l’importance que […] le cinéma revêt : il est un modèle pour l’histoire, celui d’une avancée par à-coups, interruptions, sautes, arrêts. Celui où l’illusion historiciste voit son "préjugé continuiste" voler sourdement en éclats vingt-quatre fois par seconde."
(Benoît Turquety, 2006)
Dans le cadre du Festival international du film de Locarno, qui se présente dans le calendrier du cinéphile comme une distraction estivale, la projection du cinéma de Straub fait figure d’ovni. Elle se démarque du reste de la production, en la désignant comme inopératoire, affectée d’une éthique trop humaine, conduisant à des choix esthétiques qui ne permettent pas de penser le cinéma dans son rapport au monde. On a pu qualifier cette radicalité d’antipathique, voire de pure posture. Le cinéma de Straub, mais aussi Film: Socialisme de Jean-Luc Godard et le film Les champs brûlants qui part à la recherche des restes du cinéma politique en Italie sont, dans le festival, les derniers tenants d’un formalisme politique qui a émergé dans les années soixante dans le contexte des luttes sociales d’alors. Ce formalisme est devenu inactuel, comme le suggère peut-être l’équation de ce titre: Film: Socialisme.
Nous allons revenir sur l'un des films de Straub qui faisait partie d’une séance rassemblant cinq de ses courts métrages récents. Europa 2005/ 27 octobre est le plus ancien des films montrés; il date de 2006. En le discutant nous souhaitons montrer comment le formalisme politique de Straub s’acquitte de cette inactualité.


