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Luftbusiness (Dominique de Rivaz, 2008)

Auteur: 
Reymond

LOCARNO 2008: FILMS SUISSES

 

Luftbusiness: un léger souffle de poésie

 

 

par Xavier Reymond

 

 

Sélectionné à Locarno dans la section Ici et ailleurs, alors qu’il aurait tout à fait pu trouver sa place dans la compétition internationale, le dernier film de Dominique de Rivaz constitue une excellente surprise, que l’on savourera d’autant plus que ce projet a connu et connaît encore des difficultés importantes. A partir d’une brève dans Le Monde, qui décrivait comment un adolescent avait vendu son âme sur EBay pour quatre cents dollars, la réalisatrice a en effet construit avec beaucoup de grâce une petite fable philosophique questionnant les limites d’une société dans laquelle toute chose peut se voir attribuer une valeur marchande.

 

Loin toutefois d’un pensum ennuyeux, Luftbusiness se distingue par ses touches burlesques qui rappellent certains films d’Emir Kusturica, et apportent poésie et légèreté à un récit qui aurait pu se révéler plutôt déprimant. Trois clochards, qui survivent dans la jungle urbaine en promenant des chiens ou en donnant leur sperme, croient avoir trouvé une solution pour gagner de l’argent de manière simple et sûre, en vendant du "Luft" sur internet. Le plus jeune, fraîchement émigré de Russie, propose aux enchères ses souvenirs d’enfance, le plus roublard les trente prochaines années de sa vie, alors que leur leader Filou décide de vendre son âme au plus offrant. Au milieu de cette sombre trame jaillit pourtant souvent la tendresse, dans l’attachement que le jeune Russe éprouve pour sa poule pondeuse, par exemple, ou dans l’affection que porte aux abandonnés de la rue une dame-pipi, qui prête ses locaux aussi bien pour l’hygiène corporelle que psychologique. De la même manière, chaque scène a priori grave se voit tempérée par un détail surréaliste ou par l’exagération absurde d’un élément ordinaire, tel ce clochard annonçant sur le carton qui lui sert de maison "noch nicht tot", ou le nombre extravagant de chiens incontrôlables que Filou tente de promener. Sans jamais tourner le propos en dérision, ce procédé apporte au film une dose certaine de spleen, plus efficace sans doute pour évoquer cette jeunesse sacrifiée par une société déshumanisée que ne l’aurait été un traitement ultra-réaliste.

 

Le soin apporté au décor, s’il peut paraître trop appuyé en donnant parfois l’impression au spectateur de visiter une exposition d’art contemporain, mérite cependant d’être souligné. La serre dans laquelle vivent les trois protagonistes se voit en particulier filmée comme l’endroit de tous les possibles pour ces marginaux que leur société semble avoir abandonnés, un repère mouvant et lumineux dont le contraste avec la ville grise et froide se révèle saisissant. Exploitant ces décors avec intelligence, Dominique de Rivaz use de la profondeur de champ aussi bien pour mettre en lumière toute la complexité et la richesse de cet univers de sans-abris, que pour explorer les liens invisibles se tissant entre les personnages, comme dans la scène où le jeune Russe donne son sperme à l’infirmière dont il est tombé amoureux, sans que cette dernière, occupée à surveiller la poule, ne soupçonne le regard porté sur elle.

 

Alors que le film a connu quelques difficultés à trouver un financement, finissant par associer – fait plutôt original pour un long métrage germanophone – de l’argent luxembourgeois et suisse romand, il semble que les distributeurs ne se montrent toujours pas très convaincus par son potentiel commercial. Pourtant, l’accès à la séance de Locarno relevait du parcours du combattant tant les spectateurs étaient venus nombreux, et le rythme soutenu du film tout comme son propos surfant sur l’actualité devraient lui permettre de trouver son public dans les salles. La timidité des distributeurs, tout comme celle des sélectionneurs du festival de Locarno d’ailleurs, qui ont relégué Luftbusiness dans leur section la plus discrète, pourrait sûrement faire l’objet d’une enquête de fond digne d’intérêt, même si pour l’heure, il paraît plus urgent d’encourager le public à découvrir ce film généreux et touchant.

 

 

 

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