Mon frère se marie (Jean-Stéphane Bron, 2006)
Quand la fiction familiale intègre le dispositif de l'entretien: l'effet documentaire dans Mon frère se marie
par Alain Boillat
Le premier long métrage de fiction réalisé par Jean-Stéphane Bron, Mon frère se marie (2006), présente une particularité qui a été relativement peu commentée (voire peu appréciée) par les critiques à la sortie du film, mais sur laquelle il me paraît utile de revenir, dans la mesure où ses implications touchent autant à des questions liées à la théorie de la fiction au cinéma qu’à l’économie narrative du film : il s’agit de l’insertion d’entretiens dans lesquels les personnages, filmés frontalement, apparaissent dans des plans fixes.
Ces fragments semblent détachés de la continuité visuelle du reste du film, l’unique "raccord" qu’ils occasionnent relevant précisément d’un type de "saute" que Roger Odin identifie dans le film de famille, où l’on trouve fréquemment "deux plans consécutifs présentant un cadrage identique du même décor et entre lesquels les personnages ont bougé" (Le film de famille. Usage privé, usage public, p.30); nous verrons que le film de Bron fait un usage productif de la référence à cette pratique non professionnelle. De façon plus générale, la démarche qui consiste à interroger des gens situés face à la caméra confère à ces instants la facture traditionnellement associée aux films dits de "reportage", c’est-à-dire à une pratique de type documentaire. Or Mon frère se marie est indiscutablement un film fictionnel
–Jean-Luc Bideau y interprète par exemple un ancien patron désormais au chômage. En outre, bien que ce film soit majoritairement régi par les codes de la comédie, les intermèdes ne sont pas exploités en tant que ressorts d’une complicité amusée avec le public, mais sont présents sur l’ensemble du film, qui ne comprend pas moins de vingt-six occurrences de ce type d’images...

