NIFFF 2009: Shinji Aoyama
NIFFF 2009
Shinji Aoyama, le fait divers introspectif. Enquête policière et quête identitaire dans le Japon contemporain
par Alain Boillat
La neuvième édition du "Neuchâtel International Fantastic Film Festival" (NIFFF) a présenté pour la première fois sur sol helvétique une part méconnue de la filmographie du cinéaste nippon Shinji Aoyama qui en était l’"invité d’honneur". Issu du milieu de la critique cinéphilique et ayant fait ses premières armes en tant qu’assistant à la réalisation auprès de Daniel Schmid et de Kiyoshi Kurosawa – réalisateurs dont il opère une étonnante et improbable fusion des styles dans l’envoûtant Crickets (Japon, 2006) –, le cinéaste japonais Shinji Aoyama doit sa reconnaissance internationale à Eurêka (Japon/France, 2000) sélectionné au festival de Cannes en 2000. Ce long film en noir et blanc (avec un finale en couleurs), dont le montage conjugue de façon peu conventionnelle une sorte d’apesanteur contemplative et un rythme saccadé, est construit autour de la fuite commune de trois survivants ostracisés qui tentent de surmonter un traumatisme occasionné par un drame sanglant.
Toutefois, si la production d’Aoyama initiée il y a une quinzaine d’années est prolifique, elle se situe majoritairement dans un champ qui suppose (du moins a priori) un autre horizon d’attente, celui du cinéma de divertissement. Aujourd’hui, le réalisateur semble vouloir renouer avec le cinéma de genre puisqu’il tient à se distancer de l’étiquette du cinéma d’"art et essais" qui lui colle à la peau depuis Eurêka. C’est du moins ce que Aoyama a déclaré lors de la conférence donnée dans le cadre du NIFFF. L’éclectisme formel de ses films – qui constitue une option esthétique, puisqu’il s’agit souvent de provoquer un "choc" en mêlant différents genres cinématographiques et pratiques filmiques –, leur mode de production et
l’esprit dans lequel ils sont conçus – il ne s’agit pas pour Aoyama d’accumuler les "petits" films pour se permettre financièrement des oeuvres plus ambitieuses, mais simplement de travailler le plus possible, en réalisant parfois plusieurs films simultanément – devraient nous inciter à envisager chaque film hors de tout propos "auteuriste". Néanmoins, les films du corpus réuni par le NIFFF, véritablement singuliers, sont traversés par certaines préoccupations récurrentes...

