Prouver et  jouir :  de  la  vidéosurveillance au happy slapping

Auteur: 
Freudiger

Prouver et jouir: de la vidéosurveillance au "happy slapping"

 

 

 

par Alain Freudiger

 

 

 

Au mois d’août dernier, la commune vaudoise de Lutry équipait ses préaux d’école de caméras de vidéosurveillance pour "lutter contre les incivilités". Quelques semaines plus tard, fin octobre, deux adolescents se faisaient agresser dans une cour d’école lausannoise par d’autres jeunes qui filmèrent la scène avec leur téléphone portable. Quel lien entre ces deux événements? A priori ils sont à l’opposé l’un de l’autre, mais la proximité spatiale (le préau d’école) et instrumentale (l’image enregistrée) appelle quelques réflexions.

 

 

Si "l’affaire" des caméras de vidéosurveillance de Lutry a rapidement pris de l’ampleur et nourri un vif débat sur plusieurs mois, ce débat portait surtout sur des aspects juridiques et sociologiques. Parallèlement, le phénomène que les médias ont baptisé "happy slapping", et qui consiste à agresser quelqu’un à plusieurs pendant qu’un des protagonistes filme la scène, a donné lieu à quelques analyses en tant que "phénomène de société". Etonnamment, dans les deux cas, on a très peu parlé des images tournées, et pas du tout du fait qu’il s’agissait, justement, d’images. C’est pourtant une question centrale, qui engage la pensée et la liberté, comme le relève Marie-José Mondzain :


  • « L’image s’offre à la vue et en ce sens ne peut jamais tromper personne. L’image n’est trompeuse que lorsqu’on ne sait plus qu’il ne s’agit que d’une image et rien d’autre. Si le producteur iconique crée les conditions de séduction ou de terreur qui induisent la cécité, c’est-à-dire la croyance substantielle, alors se pose la question de la liberté du jugement face aux visibilités.»

(Marie-José Mondzain, Le commerce des regards, Seuil, Paris, 2003, p. 25.)

 

Dans ce contexte, s’intéresser de plus près à ces phénomènes peut s’avérer judicieux...