Quelques jours avant la nuit... (Simon Edelstein, 2008) ou les dérives de la critique romande

Auteur: 
Porret

Quelques jours avant la nuit... de Simon Edelstein, ou les dérives de la critique romande

 

 

par Marthe Porret

 

 

"Quelques jours avant la nuit... de Simon Edelstein opte pour l’arrière-garde. Même si on ne sait rien du parcours de Simon Edelstein, son nouveau film a déjà de quoi laisser songeur. Pour preuve, ni les festivals,ni les distributeurs ne se sont bousculés au portillon… […] Le point de vue est flottant, la mise en scène superficielle, l’ironie absente. Bref, on se situe strictement au rayon ‹cinéma de papa›." (Norbert Creutz, "Petits mystères d'un soir", Le Temps, 3.11.2008)

 

 


C’est ainsi que Norbert Creutz ouvre et conclut les feux de sa critique. La rhétorique est adroite: partant du principe que les lecteurs n’ont jamais entendu parler de Simon Edelstein, le journaliste ne se donne pas la peine de nous informer plus avant. Pourtant le cinéaste genevois Simon Edelstein n’est pas un inconnu, ni un nouveau venu. Photographe, entré à la TSR comme caméraman en 1966, il va s’y imposer comme réalisateuren signant plus de cent émissions (Spécial Cinéma, Passe-moi lesjumelles, Viva, Temps présent, …). Mais c’est aussi en tant que chef opérateur qu’il va travailler, notamment avec Michel Soutter (La Pomme, 1969; James ou pas, 1970; Les Arpenteurs, 1972; L’Escapade, 1974). Quelques clicks sur le net suffisent pour voir qu’il est l’auteur, dès 1973, de plusieurs longs métrages de fiction (Les vilaines manières, 1973; Un homme en fuite, 1979; L'Ogre, 1986, Passage au crépuscule, 2000).

 

Ce qui frappe d’emblée ici, c’est l’arbitraire de l’"analyse" critique proprement dite. Premier constat: le film est mauvais car il n’a pas trouvé preneur… Cinéphile chevronné, Creutz sait bien que nombre de "chef d’oeuvres" de l’histoire du cinéma n’ont jamais connu de distribution commerciale. Deuxième constat: décrétant que le film relève d’un genre précis, celui "du thriller psychologique dans une grande demeure", le journaliste ajoute: "Intéressant dans l’optique d’un budget serré, [ce film de genre] doit encore devenir captivant pour le spectateur. On est hélas loin du compte dans cette histoire un peu languissante d’une pianiste […]". La formulation dévoile à quel point la réception des films chez le journaliste dépend d’une grille de lecture normative aussi bien du point de vue de la narration (le récit ne doit pas être ennuyeux) que des pratiques de production (le huis clos s’impose quand le budget est modeste).

 

 

Or, lorsqu’on se penche sur l’histoire de ce film, on se rend compte que l’idée de ce huis clos a été posée des années avant que le montage de la production ne soit bouclé. Le budget n’a donc pas déterminé le genre dont relève ce film. Il vaut la peine de revenir sur la genèse de Quelques jours avant la nuit… pour mettre en évidence les conditions de production qui ont déterminé, comme nous allons le voir, la carrière de ce film...