Soleure 2006: un riche panorama sous le signe de la polémique
INTRODUCTION
Un riche panorama des productions helvétiques placé sous le signe de la polémique: regard sur la 41e édition des Journées de Soleure
par Alain Boillat
Le théâtre d'un débat
Festival de cinéma entièrement consacré aux productions helvétiques, les Journées de Soleure qui se déroulèrent du 16 au 22 janvier 2006 furent l’occasion de débats que n’ont pas manqué de relayer certains quotidiens suisses. Dans son discours d’ouverture, Ivo Kummer, directeur de cette importante rencontre cinématographique depuis seize ans, s’en est pris à la nouvelle politique de subventionnement esquissée par le chef de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture (OFC) entré en fonction le 1er octobre 2005, Nicolas Bideau, ancien ambassadeur et fils de l’acteur de La Salamandre et des Arpenteurs, ce dernier incarnant précisément le type de cinéma que les mesures prises par Berne tendront à évincer. Il ne faut cependant pas s’y tromper : ce que d’aucuns ont voulu faire passer pour une "querelle des anciens et des modernes" se résume en fait à la confrontation (nécessaire) de deux sphères qui ont souvent, du moins en Suisse, bien peu en commun: la politique et la culture. Nicolas Bideau s’est également exprimé à Soleure où il a tenu la première conférence annuelle de l’office qu’il dirige, allocution destinée à la présentation officielle des nouvelles directives –émanant en première instance du conseiller fédéral Pascal Couchepin– concernant le financement public des films. Deux camps se sont ainsi formés: pour le dire de façon sommaire, nous avons d’un côté l’organe étatique qui prône un cinéma alliant succès populaire et "qualité", de l’autre les défenseurs du cinéma comme "art". Comme toute polémique, celle-ci a eu l’avantage de dégager certains objets de discussion, et de faire tomber quelques tabous. [...]
A propos de la cuvée 2005
Qui n’a jamais fréquenté les Journées de Soleure ignore peut-être que ce festival, à l’image de la production cinématographique suisse, est loin de n’être consacré qu’au cinéma, les réalisations (prioritairement ou exclusivement) destinées à une diffusion télévisuelle occupant une place importante, même là où on ne s’y attend pas (voir ci-dessous notre commentaire de Havarie). Offrir à de tels films, le temps de deux projections, un cadre de réception différent du visionnement individuel et de la banalisation liés au petit écran n’est pas sans intérêt. On regrettera par contre que cette quasi-omniprésence des standards télévisuels, renforcée par la généralisation de la DV, tende à déplacer le débat (par exemple lors des discussions entre le public et les cinéastes) vers des questionnements qui ont strictement trait aux sujets abordés par ces films, au détriment de la façon dont ils les traitent. A plusieurs occasions, on a vu la projection servir de tribune à une discussion sur des questions sociales (Sans toit, ni droit de Frank Preiswert et Roland Tillmanns), pédagogiques (Anti-Aggressivitäts-Training de Christa Ulli), voire musicologiques (Urs Peter Schneider: 36 Existenzen d’Urs Graf ). Or les réflexions émises dans ce cadre, en dépit de leur intérêt propre, présupposaient souvent l’évacuation d’une prise en compte du statut esthétique des films et de la démarche dont ils procèdent. Ce déplacement n’est pas un hasard: les réalisations présentant pour une grande part une facture audiovisuelle dépourvue de tout élément saillant, elles habituent le public des Journées à orienter son attention vers autre chose… que le cinéma! [...]
Rétrospective Maximilian Schell
Si la très grande majorité des films présentés à Soleure ont été réalisés dans l’année qui précède l’édition des Journées, un regard y est néanmoins porté sur le passé avec d’une part les copies restaurées labellisées "Sorties du labo" de la Cinémathèque Suisse (voir à cet égard l’article d’Alain Freudiger sur Gilberte de Courgenay), d’autre part à travers une rétrospective. Les organisateurs ont eu l’heureuse initiative de la consacrer cette année à Maximilian Schell, un "Suisse" qui jouit d’une réputation internationale (principalement) en tant qu’acteur et réalisa également six longs métrages de cinéma, tous projetés à Soleure. Outre six films dans lesquels Schell a joué, dont Le Jugement à Nuremberg (Stanley Kramer, 1961) qui lui valut un Oscar, nous avons pu redécouvrir durant ces Journées l’oeuvre d’un cinéaste de talent dont la sensibilité littéraire et la fibre dramaturgique contribuent à une exploitation productive et personnelle du langage cinématographique. [...]

