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Soleure 2010: Débat critique

Auteur: 
Porret

Débat critique à Soleure: trois critiques français s’expriment à propos de Coeur animal, Verso, Face au juge et La guerre est finie

 


Transcription par Marthe Porret


(Pour le confort de la lecture, la transcription a été retravaillée par le directeur du numéro: les marques d’oralité [répétitions, phrases incomplètes, hésitations, etc.] ont été en partie gommées ou transposées dans un style plus écrit, et la syntaxe rétablie. Il ne s’agit pas d’une retranscription intégrale: les suppressions dépassant deux lignes sont indiquées par la mention "[...]")

 

 

Les 45e Journées de Soleure qui se sont tenues du 21 au 28 janvier 2010 ont permis de présenter un large pan de la production cinématographique suisse de l’année précédente. Le festival a notamment mis sur pied pour la cinquième fois les débats publics dits du "Film Club", où des critiques de cinéma reconnus internationalement s’expriment à propos d’un certain nombre de films helvétiques en compétition. La première de ces discussions (qui s'est tenue le 25 janvier 2010 au Théâtre municipal de Soleure) a réuni autour du journaliste de la RSR Patrick Ferla trois critiques français : Catherine Bizern du Festival international du film de Belfort (EntreVues), Corinne Rondeau de France Culture et Charles Tesson des Cahiers du cinéma.

 

 

 

Patrick Ferla

En préambule, j’aimerais vous citer cette petite phrase empruntée au cinéaste argentin Fernando Solanas: "Un pays sans cinéma est comme une maison sans miroir." Et nous allons donc visiter ensemble la maison du cinéma suisse, avec quatre films qui ont été retenus par les Journées Cinéma de Soleure. Il s’agit de trois films de fiction et d’un documentaire.

 

 

Tout d’abord Coeur animal, de Séverine Cornamusaz, film très librement adapté du roman Rapport aux bêtes d’une auteure suisse, Noëlle Revaz, et par ailleurs inspiré de la vie de la grand-mère de la réalisatrice à laquelle il est dédié – le personnage féminin du film porte d’ailleurs son prénom, Rosine. Ce film a notamment obtenu trois prix au Festival de Mannheim au mois de novembre dernier […]. En quelques mots, c’est l’histoire d’un paysan, Paul, dont on dira qu’il est un handicapé émotionnel: il ne dispose pas des outils ou des mots nécessaires pour parvenir à communiquer ses sentiments. Il traite mieux ses animaux que sa femme, c’est en quelque sorte un anti-héros qui, petit à petit, va s’humaniser. C’est un film d’une grande âpreté – entre autres choses – psychologique.

 

 

Le deuxième long métrage de fiction est Verso, film de Xavier Ruiz tourné à Genève. C’est une ville telle qu’on ne l’avait encore jamais vue, je crois, qui est représentée à l’écran. Le film, qui est en lice pour le Prix du public, a des allures de thriller, de polar, mais en réalité c’est un film qui installe une histoire humaine forte dans un milieu dur et risqué, à savoir celui de la police. Xavier Ruiz s’intéresse en effet à l’histoire d’un homme rattrapé par son passé, par ses démons et par des zones d’ombres qui souvent nous habitent. On retrouve à l’écran Carlos Leal, Chloé Coulloud, Stress, Laurent Lucas. Et j’aimerais observer que la bande son, qui est forte, utilise des musiques interprétées par des auteurs suisses – Stress, Polar, Aloan et Samael.

 

 

La troisième fiction, La guerre est finie de Mitko Panov, est inspirée d’une histoire vraie. Le scénario est signé du réalisateur né à Skopje, naturalisé Suisse et vivant actuellement à La Chaux-de-Fonds. Le film a été tourné en Macédoine ainsi que dans plusieurs villes de Suisse romande, à savoir Neuchâtel, Le Locle et La Chaux-de-Fonds. La guerre est finie est un film romanesque, intense et onirique. Il dit la pression obsédante de la guerre, l’exil et le refoulement, et pose, de mon point de vue, la question de savoir comment, dans ces conditions, se survivre à soi-même. Ce sont de grandes images pour un film intime.

 

 

Enfin, Face au juge de Pierre-François Sauter, premier documentaire du réalisateur, qui a été sélectionné l’an dernier par le Festival Visions du Réel, et qui est sorti dans les salles de Suisse romande où il a rencontré un grand succès à la fois critique et public. Le réalisateur montre les rapports entre la justice et les gens, il filme "simplement" des audiences, des visages dans un huis clos, où défilent seuls, sans avocat ni témoin, des gens de toutes classes sociales et concernés par des affaires très diverses. On découvre dans ce film des histoires de vie quotidienne, de petits drames ordinaires, une réalité que l’on ne voit guère ou pas du tout apparaître dans les médias. La caméra de Pierre-François Sauter ne juge pas. Il a choisi généralement le plan fixe.

 

 

"Je voulais, a-t-il déclaré, qu’on soit avec eux. Mon film est un film sur l’altérité, sur le fait qu’on peut parfois se reconnaître en l’autre."

 

 

Je vous présente maintenant les invités de ce Film Club: à ma gauche Catherine Bizern, que nous retrouvons avec plaisir, qui était déjà là l’an dernier et qui dirige le Festival EntreVues de Belfort. Face à moi Corinne Rondeau, maître de conférence en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique France Culture; enfin Charles Tesson, maître de conférence d’histoire et d’esthétique du cinéma à l’Université Paris 3 et critique aux Cahiers du Cinéma.

 

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