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Taiyo Onorato et Nico Krebs à Art|Basel 2014 : entre imaginaire mondialisé et « territoire géopolitique sans image »

Auteur: 
Gunti

 

Taiyo Onorato et Nico Krebs à Art|Basel 2014 : entre imaginaire mondialisé et « territoire géopolitique sans image »

 

Par Claus Gunti

 

Le projet de Taiyo Onorato et Nico Krebs, présenté dans la section « Statements »1 de la foire d’art contemporain Art|Basel en juin 2014 (fig. 1), résulte d’un voyage de 17 000 kilomètres qui a conduit les deux photographes de Zurich à Oulan-Bator, en Mongolie. Leur périple automobile s’inscrit dans une réflexion sur le statut de la représentation photographique dans un contexte culturel saturé d’images, et vise plus particulièrement à documenter « un territoire géopolitique sans image »2. La série Eurasia exposée à Bâle se concentre sur les limites géographiques entre l’Europe et l’Asie – le duo a notamment parcouru l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, la Russie et la Mongolie3 –, avec un intérêt particulier pour les anciennes républiques soviétiques, relativement peu connues en Occident. Elle interroge l’existence visuelle de ces entités politiques qui tentent de s’établir dans un monde globalisé, mais aborde également la question de la fonction de l’artiste qui raconte ou interroge son appréhension du réel.

            Dans le travail d’Onorato et Krebs, la réflexion sur l’omniprésence d’images diffusées par l’industrie culturelle s’exprime à travers deux pôles antagonistes. Les images montrées à Art|Basel portent essentiellement sur d’anciens pays satellites de l’URSS, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan en particulier. Elles s’inscrivent dans une analyse d’un territoire...

 

1Section dédiée à des artistes émergents.

2Ce projet rappelle une entreprise très similaire, réalisée par Charles de Meaux et Philippe Parreno, dont est tirée cette expression. En 1999, les deux plasticiens réalisèrent le long métrage Le Pont du Trieur sur le Pamir, région méconnue et partagée entre le Tadjikistan, l’Afghanistan, la Chine et le Kirghizstan. Ils racontaient l’histoire d’un monde « fictif », imaginaire car on n’en connaissait à l’époque que très peu de représentations, « redonnant vie à une géographie par l’image ». Le film recréait une réalité hybride à partir d’images d’archive et d’images fictives, oscillant en permanence entre formes documentaires (entretiens filmés d’un botaniste tadjik ou d’un cinéaste exilé) et composantes évoquant plutôt une production de science-fiction (musique électronique, longs plans fixes, approche contemplative, etc.), sans que l’on puisse déterminer avec certitude le statut de chacun de ces éléments. Mais contrairement à la série d’Onorato et Krebs, le film chapeauté par la maison de production Anna Sanders est « tourné » en grande partie à Paris. Voir à ce propos Charles de Meaux, entretien avec Pascale Cassagnau, dans Pascale Cassagnau, Future Amnesia – Enquêtes sur un troisième cinéma, Paris, Editions Isthme, 2007, p. 103 et Claus Gunti, « La réalité remise en question : le statut de l’image dans l’œuvre de Philippe Parreno », cadrages. Cinéma, à travers champs, no 13, 2008, p. 33 (disponible également sur http://decadrages.revues.org/512).

3Voir communiqué de presse, galerie RaebervonStenglin, Zurich, Statements with Taiyo Onorato & Nico Krebs, Art|Basel, Basel, 19.06.14 - 22.06.14, disponible sur http://raebervonstenglin.com/index/fairs/Art-Basel-2014.html, consulté le 4 avril 2015.

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