Traders (Jean-Stéphane Bron, 2009): un objet télévisuel singulier
Traders de Jean-Stéphane Bron, un objet télévisuel singulier
par Faye Corthésy
Avant-dernier documentaire du cinéaste Jean-Stéphane Bron, Traders, réalisé pour l’émission de reportages Temps présent de la Télévision suisse romande (TSR), est consacré à quelques traders new-yorkais préparant un championnat de boxe à but caritatif peu après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Diffusé sur la première chaîne romande le 7 mai 2009, ce film a par ailleurs été présenté en avant-première au festival de cinéma documentaire "Visions du réel" de Nyon. Cette double diffusion est à elle seule emblématique du statut ambigu de cet "objet" à la fois télévisuel et cinématographique qui ressortit simultanément au reportage anonyme et au film d’auteur, au documentaire et à la fiction. Il s’agira donc ici de s’interroger non seulement sur le statut particulier de ce film, mais aussi sur sa place singulière au sein de la filmographie de Bron.
La sortie de Traders sur le petit écran, pour une diffusion unique dans le cadre d’une émission de reportage de la TSR, a pu surprendre les spectateurs qui ont suivi l’évolution de la filmographie de Jean- Stéphane Bron. En effet, s’il semblait que le réalisateur gravissait un à un les échelons supposés des catégories cinématographiques

(documentaire télévisuel, documentaire de cinéma, fiction), on peut se demander si, après le succès historique de Mais im Bundeshuus (Le génie helvétique, 2003), ce travail pour Temps présent ne signifie pas, pour l’enfant chéri du cinéma suisse, un "retour en arrière", même si ce film de commande a constitué, dans l’historique de production, un premier pas vers le documentaire Cleveland contre Wall Street, prévu pour les salles et présenté en mai à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes.
L’hybridité de Traders ne résulte pas seulement de son contexte de diffusion (le dernier opus d’un cinéaste reconnu produit pour un cadre télévisuel), mais aussi des caractéristiques mêmes du film, qui mêle documentaire et fiction et intègre différents types d’images tels des instantanés photographiques, des images d’archives et des extraits de films de fiction (par exemple un cheval qui tombe d’une falaise, image probablement extraite d’un western).
Il s’agira ici de s’interroger sur les effets de ce caractère hybride et de le mettre en regard des précédents films de Jean-Stéphane Bron. Nous verrons alors que Traders est loin d’être un ovni dans la filmographie du réalisateur.

