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Un amour de perdition (Mário Barroso, 2008)

Auteur: 
Oesterle

LOCARNO 2008: PRODUCTIONS INTERNATIONALES

 

 

Un amour de perdition de Mário Barroso

 

par Raphaël Oesterlé

 

 

Plus connu pour son activité de chef opérateur aux côtés de Manoel de Oliveira ou de Joao César Monteiro (collaboration sur laquelle il s’était exprimé lors d’un entretien publié dans le Décadrages n°10), Mário Barroso présentait en compétition son deuxième long métrage, après un interlude télévisuel (trois téléfilms tournés en 2005). Un amour de perdition se place sous un double patronage : celui du texte homonyme de Camilo Castelo Branco, classique de la littérature portugaise du XIXe siècle, et celui du film monumental qu’en a tiré Manoel de Oliveira, classique du cinéma portugais du XXe siècle. L’enjeu était donc de taille, d’autant plus que le réalisateur, connu pour son goût de la transgression technique, s’essayait ici au numérique.

 

Comment se situer devant ces références écrasantes? Barroso a choisi de prendre le contre-pied de la version oliveirienne. Alors que ce dernier avait privilégié une fidélité absolue au texte, le reprenant mot à mot pour livrer un film de plus de quatre heures, Barroso a conservé l’intrigue en la déplaçant à notre époque. Il la centre sur le personnage de Simão (Tomás Alves), adolescent anarchiste courant consciencieusement à sa perte, à la poursuite d’un amour d’emblée condamné. Il souligne par là le caractère atemporel de ces thèmes, comme en témoigne la fascination qu’exerce le livre de Castelo Branco sur le personnage principal. Celuici est montré le relisant obsessionnellement, captivé par ce reflet. Incapable de s’en détacher, il va rejouer pas à pas ce scénario originel.

 

Paradoxalement, cette actualisation (?) du récit accompagne un retour sur l’Histoire du Portugal. Sont soulevés en effet les fantômes des guerres coloniales, plaies ouvertes constitutives du Portugal contemporain. La génération adulte paraît toute entière modelée par ce passé indicible, engendrant des liens inextricables de dépendance ou de rancoeur. Entre dette fondatrice et rédemption impossible, chacun paraît encore en attente d’un verdict déjà prononcé. Seule l’idylle spontanée qui se noue sur la tard entre la jeune soeur de Simão et son ami d’enfance capverdien semble annonciatrice d’une possible réconciliation.

 

Une lumière solaire les accompagne d’ailleurs tout au long du film, venant contraster avec les intérieurs sombres de la maison familiale. Relevons ici que le passage au numérique n’a en rien édulcoré le style de Barroso, celui-ci se plaisant à aller toujours aussi loin dans le sombre ou le lumineux, et accordant à chacun des personnages ou des lieux de l’action une lumière propre.

 

Ce film de facture classique (dans le bon sens du terme) permet donc à Mário Barroso de dépasser son statut de technicien virtuose. Reste à espérer qu’il bénéficiera de l’attention qu’il mérite, à défaut d’une sortie helvétique.

 

 

 


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