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Un petit coin de paradis (Jacqueline Veuve, 2008)

Auteur: 
Reymond

LOCARNO 2008: FILMS SUISSES

 

 

Un petit coin de paradis pour le film documentaire (Locarno 2008)

 

 

par Xavier Reymond

 

 

 

Projeté dans la sélection Ici et ailleurs, le dernier long métrage de la plus prolifique des cinéastes romandes, Un petit coin de paradis (Jacqueline Veuve, 2008), nous a offert en fin de festival une échappée splendide dans les paysages valaisans, doublée d’une réflexion subtile sur les enjeux du développement durable. Comme à son habitude, Jacqueline Veuve saisit l’occasion d’un événement ou d’un projet, ici la réhabilitation en gîte rural d’un hameau abandonné du Val d’Hérens, pour réunir des personnages issus de groupes sociaux très différents, et recueillir les échos de leurs rencontres. Elle part donc à la recherche des anciens habitants du hameau pour les ramener sur leurs terres d’origine et leur faire rencontrer les jeunes en difficulté qui oeuvrent à sa reconstruction. Son dispositif documentaire ainsi posé, la cinéaste nous transmet alors son point de vue, qui se veut le plus proche possible de la réalité, tout en orientant le film vers certains aspects qui lui tiennent à coeur, à l’aide de procédés cinématographiques remarquables dont nous allons décrire ici deux exemples.

 

Simple hasard ou logique géographique, la majorité des hommes qui habitaient le hameau abandonné ont oeuvré à la construction du plus grand barrage du monde, la Grande Dixence, et évoquent durant le film tout ce que ce chantier représentait pour eux, une promesse d’avenir dissimulée sous des tonnes de béton et des conditions de travail éprouvantes. Grâce à l’insertion d’images d’archives, Jacqueline Veuve fait entrer en résonance le projet de réhabilitation du hameau, exemple de développement durable, avec le barrage, symbole de développement intensif et dévastateur. La remise en eau du bisse local, un aménagement permanent et nécessaire à l’exploitation harmonieuse du terrain, sert, elle, de pont thématique entre ces visions du progrès opposées. Toutefois, un questionnement poussé de ces deux conceptions du développement montre bien la difficulté d’y attacher des jugements de valeur définitifs. Si le barrage, en fournissant travail et nourriture, a permis à nombre des habitants de la vallée d’éviter l’émigration, l’implantation du gîte rural gêne certains écologistes, qui redoutent les effets d’une agriculture, même durable, sur les populations animales rares qui peuplent les prairies. Cette ambivalence essentielle se voit ici mise en évidence grâce à un montage habile, qui permet des confrontations variées.

 

Ne se contentant pas d’affirmer la nécessité de considérer tous les points de vue possibles pour appréhender une situation plus complexe qu’il n’y paraît, la cinéaste applique cette conviction à la structure même de son film en choisissant d’observer l’avancée du chantier de rénovation sous différents angles. En compagnie d’une ancienne habitante du hameau ayant déménagé de l’autre côté de la vallée et qui surveille de sa fenêtre les moindres événements touchant ¨"son village", elle observe de loin le site, à la jumelle, sans se faire voir. En compagnie du gérant et des adolescents, elle filme le hameau à hauteur d’homme, avant de poser la caméra par terre, pour mieux capter le passage des insectes et d’autres petits animaux qui occupent le site. Ces différentes échelles de vision pour un même lieu, qui apparaissent dans le film sans hiérarchie particulière ou jugement de valeur, peuvent être lues comme un véritable manifeste du travail documentaire tel que le conçoit Jacqueline Veuve. Pour réussir un portrait aussi objectif que possible d’une situation donnée, il convient en effet d’interroger chacun de ses aspects, sans a priori, avec le regard comme avec la pensée.

 

Bien sûr, il ne s’agit là que d’exemples ponctuels, qui témoignent sans doute faiblement de la grande valeur tant plastique qu’intellectuelle de ce long métrage. Les spectateurs de La Sala, parmi lesquels des paysans tessinois qui ont tenu à remercier Jacqueline Veuve pour la justesse de son regard, ont quant à eux montré par leur émotion toute la force et le pouvoir évocateur du travail de la cinéaste, qui devrait trouver sans trop de peine un public au-delà de Locarno.

 

 

 


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