Un vivant qui passe (Claude Lanzmann, 1997)
La place de l'Helvète
Considérations sur Un vivant qui passe
par Alain Freudiger
Réalisé par Claude Lanzmann en 1997, Un vivant qui passe n’a jamais été projeté en Suisse –à une exception notable. Cela est d’autant plus surprenant que, outre l’importance majeure de Lanzmann comme réalisateur depuis Shoah (1985), ce film touche à des questions particulièrement cruciales pour la Suisse: la neutralité, la Croix Rouge, l’humanitaire, la non-implication… Il est possible que personne n’ait souhaité programmer ce film à sa sortie, puisque la Suisse était alors empêtrée dans la crise des fonds en déshérence. Pourtant, il constitue une excellente réponse au trop fameux "Auschwitz, ce n’est quand même pas en Suisse!" de Jean-Pascal Delamuraz. Alors, suite à sa projection lors de la soirée spéciale qui a eu lieu à la Cinémathèque suisse, il est temps de se pencher sur ce film; car si Auschwitz n’est pas en Suisse, un Suisse a été à Auschwitz et s’est entendu dire que le "travail" qui s’y faisait ferait la reconnaissance de toute l’Europe.
Constitué de matériau tourné à l’origine pour Shoah –un entretien avec Maurice Rossel4 et des plans de Theresienstadt– Un vivant qui passe est pourtant devenu un film à part entière: sa séparation d’avec Shoah répond non seulement, comme le dit Lanzmann, à l’aspect "à la fois central et latéral" de Theresienstadt, mais marque également l’apparition d’une nouvelle "figure" dans l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe:
"l’Helvète" (c’est ainsi que Rossel se nomme lui-même), à la fois observateur naïf et dupe consentante...

