Urgence et permanence du document Züri brännt (collectif Videoladen, 1980)
Quand Zurich brûlait. Urgence et permanence du document Züri brännt
par Alain Freudiger
Etrange objet que Züri brännt (collectif Videoladen, Suisse, 1980). Ce film met en images, en sons et en paroles la révolte de la jeunesse zurichoise au cours de l’année 1980, "événement fondateur" qui posera les bases durables d’une nouvelle donne sociale et culturelle, à travers la dynamisation de la scène underground ou alternative zurichoise, la transformation de la politique culturelle de la ville et l’établissement de quelques lieux parmi les plus emblématiques de Zurich, comme la Rote Fabrik. Mais le film, lui, a été réalisé très peu de temps après le début des événements, quelques mois, comme dans une urgence – il a été montré pour la première fois en novembre 1980. De ce fait, il supporte (ou apporte) plusieurs niveaux de lecture, en constituant à la fois un témoignage, un documentaire, et un film de "propagande" (agit-prop ou cinéma direct). Cette urgence à exercer une influence, à documenter et à témoigner, même si paradoxalement il y a peu de témoignages verbaux dans le film, provient sans doute d’une volonté de s’élever contre la censure – des images tournées par des étudiants de l’Université de Zurich durant la manifestation du 30 mai seront interdites par l’exécutif zurichois – et de faire entendre une contre-voix – le traitement des événements par les médias, et singulièrement par la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), le quotidien phare de Zurich, est vivement critiqué. En outre, au moment où le film s’achève, le mouvement et les questions qu’il soulevait n’avaient pas encore trouvé d’issue : le film se termine d’ailleurs sur une sorte de non-fin, pause ou suspension.
Mais s’il y avait clairement la volonté de peser sur le débat avec la réalisation d’un film politique ou d’un "pamphlet", le souci formel et esthétique était également très présent, puisque sur bien des aspects, à commencer par l’utilisation de la vidéo – dont les avantages en termes de maniabilité, de rapidité (visible le soir même: brèche dans le monopole de la TV sur l’actualité) et de coûts sont évidents –, Züri brännt se montre novateur dans la production cinématographique suisse. Et si tout cela était juste une fiction, une histoire ?

