Visions du réel 2011: Né sous Z de Frédérique Pollet Rouyer

Auteur: 
Darricau

Enjeux d'histoire(s): Né sous Z

Tout sur Robert (ou presque)

par Jennifer Darricau

 

 

Après avoir reçu une mention spéciale au festival Visions du Réel dans la catégorie "Regards neufs" pour Dix-huit ans en 2009, la cinéaste Frédérique Pollet Rouyer revient à Nyon pour présenter, en avant-première, son dernier film: Né sous Z. Au programme de la compétition internationale, la première projection publique de Né sous Z s’est faite en présence de la réalisatrice qui animait un débat sur son film en fin de séance. Le film retrace le parcours de Robert dont la recherche des origines familiales permet de rendre compte de l’histoire coloniale française et – telle est du moins la finalité exprimée par la réalisatrice – de son impact sur la situation sociale et culturelle d’aujourd’hui.

 

Né d’un soldat français et d’une mère vietnamienne pendant la guerre d’Indochine, Robert est l’un des 5000 petits Eurasiens "rapatriés" en France suite à la défaite de Diên Biên Phu en 1954. A cinquante ans, après des années de recherches, sa famille française le retrouve. Robert part alors en quête de son histoire personnelle, qui commence en France. Il cherche à reconstituer son parcours à partir du moment où, âgé de huit ans au Viêtnam, il a été arraché à sa mère, jusqu’à son arrivée en France lorsqu’il fut placé dans un foyer d’accueil. Pour ce faire, il se rend dans des lieux d’archives et recueille divers témoignages. Puis, dans la seconde partie du film, il se rend au Viêtnam dans l’espoir de retrouver sa mère.

En s’appuyant sur une histoire individuelle, le documentaire aborde les rapports des soldats français avec les femmes indigènes – aspect encore peu traité de la guerre du Viêtnam – et la composante raciale de l’idéologie coloniale. Les enfants nés de ces "unions" sont le fruit de la colonisation, et leur parcours de vie en découle. Robert est un cas parmi tant d’autres : partant sur les traces de sa propre histoire au travers du film, il met toutefois au jour tout un pan de l’histoire de France. Le déclic se fait chez lui au moment des retrouvailles avec sa famille française car, jusque-là, il avait en quelque sorte tiré un trait sur son passé. La démarche de la réalisatrice, qui accompagne Robert dans les recherches qu’elle a en partie instiguées, s’apparente à celle d’un historien, dont l’enquête permet d’inscrire la mémoire individuelle dans l’histoire collective.