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Soleure 2003: On dirait le Sud de Vincent Pluss et le cinéma romand

Auteur: 
Tortajada

SOLEURE 2003

 

 

A nouveau du "nouveau" dans le cinéma suisse. L'affaire Vincent Pluss et le cinéma romand

  

 

par Maria Tortajada

 


On dirait le Sud a créé l’événement à Soleure en remportant le Prix du cinéma suisse. Le film de Vincent Pluss, qui n’avait obtenu aucune aide fédérale et que la télévision avait refusé de soutenir financièrement, a finalement obtenu la distinction majeure du jury présidé par Daniel Schmid. L’affaire a soulevé une controverse dans les milieux professionnels du cinéma. L’accueil en Suisse romande a été pour sa part enthousiaste.

 

C’est que le film mérite d’être remarqué. Comme objet esthétique d’abord, car il propose au spectateur de s’immerger dans une histoire contemporaine, qui traite de la place d’un père au sein de sa famille éclatée, de son rôle, de sa quête et de sa liberté, qui est peut- être aussi une irresponsabilité : cette indécision est au coeur du film. Au lieu de résoudre la question pour le spectateur sur un ton bien-pensant, il le pousse à envisager lui-même les solutions au problème, peut-être insoluble. C’est dire que l’intérêt ne tient pas seulement à la petite histoire que l’on peut résumer dans un synopsis, mais à la manière de la raconter. Toute entière construite comme une montée vers la crise, sorte de psychodrame qui trouve sa résolution momentanée dans l’image finale du père et des deux enfants, l’aventure est conduite par une caméra participante qui fait corps avec les acteurs. Leur jeu se fonde sur l’improvisation grâce à la construction en acte des personnages et à des trames narratives préélaborées comme diverses options de jeu, réserve dans laquelle les comédiens puisent le schème des réactions de leur personnage. Cette technique, qui fait du travail sur le scénario et de la direction d’acteurs deux démarches inséparables l’une de l’autre, introduit une incertitude entre ce qu’apporte l’acteur de son individualité et la part fictive et construite du personnage. Elle permet de produire un effet de participation dérangeante du spectateur, qui s’implique émotionnellement sans pouvoir s’associer complètement à des personnages qui échappent à tout manichéisme. Un tel résultat ne s’obtient pas « en deux jours » – même si le tournage s’est fait en un week-end, comme nombre d’entretiens et d’articles le soulignent. Ce qui frappe donc, c’est le professionnalisme, à entendre comme la maîtrise des méthodes de travail fondées, nous l’avons dit, sur une technique de jeu, sur un certain type de direction d’acteurs, sur une « écriture » du scénario qui échappe au découpage déroulant dialogues, scènes et séquences, mais aussi sur un filmage adapté à la captation de l’instant et sur un montage qui charpente à proprement parler l’histoire en définissant les moments de tension.

 

Ce type de démarche a déjà été exploré de différentes manières dans l’histoire du cinéma, que l’on cherche du côté du cinéma direct, avec Jean Rouch et les cinéastes qui s’en sont inspirés, Jacques Rozier, Maurice Pialat, que l’on regarde du côté de John Cassavetes qui mise sur l’improvisation et la captation de l’état de crise, pour ne pas citer, plus récemment, Lars Von Trier dans un film comme Les idiots (Idioterne, 1998). Les résultats sont divers, mais des traits de méthode réunissent ces pratiques. L’événement a pourtant été ressenti d’emblée en Suisse romande comme une secousse, comme une nouveauté dans le contexte helvétique. Citons les titres : "On dirait un nouveau cinéma suisse" (Thierry Jobin, Le Temps/Sortir, 20.2.03), "Vincent Pluss fait souffler un vent nouveau sur le cinéma suisse" (Pascal Gavillet, Tribune de Genève, 22-23.2.03), "Cinéma suisse, vague nouvelle" (Nicolas Dufour, Le Temps, 19.2.03), "Une nouvelle vague du cinéma helvétique" (Laurent Asséo, La Côte, 18.2.03). Et encore : "On dirait le Sud vivifie le cinéma suisse" (Pascal Gavillet, Tribune de Genève, 19.2.03), "Cinéma suisse : un signe, enfin" (Freddy Buache, Le Matin, 16.2.03), "Le réalisateur Vincent Pluss veut réveiller le cinéma suisse" (ats, La Côte, 18.2.03).

 

Si on parle de "nouveau", c’est que ce type de démarche esthétique apparaît comme peu exploité en Suisse, paradoxalement pourrait-on dire, car elle est à même de produire des films de haute tenue avec des moyens limités. C’est en venir à l’autre aspect de la « nouveauté » ressentie, qui relève de l’acte de production indépendant assumé par ceux qui ont fabriqué ce film, le réalisateur et les scénaristes en tête, bien qu’il s’agisse...

 

 

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